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La Crème du crime # 4 - George Pelecanos

Le quatrième épisode de la Crème du crime, enregistré en mai 2016, était consacré à George Pelecanos.

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Un Grec dans les quartiers noirs

George Pelecanos est un auteur États-Unien, né en 1957 à Washington. Il est d’origine Grecque, plus précisément ses grands-parents ont émigré de Grèce vers les États-Unis. Lui, il a toujours vécu aux États-Unis, à Washington. C’est un enfant d’ouvrier, ses parents tenaient un petit commerce, un snack-bar, dans un quartier populaire de Washington. On a donc un enfant immigré, pas tout à fait blanc, mais pas tout à fait noir non plus, qui grandit dans les années 60-70 dans un quartier majoritairement noir des États-Unis. C’est très important, parce qu’on est à la période où la question raciale est centrale aux États-Unis. C’est l’époque des Black Panthers, de Malcolm X, etc. Il raconte qu’il avait parfois un peu de mal à s’intégrer, parce que les blancs ne le trouvaient pas assez blanc, et les noirs pas assez noirs. Pour nous, et pour son œuvre, c’est intéressant, parce que ça lui donne un statut d’observateur neutre. À dix-sept ans, en jouant avec l’arme à feu de son père, il blesse accidentellement un de ses amis au visage. L’ami s’en sort mais, on s’en doute, l’événement l’a laissé traumatisé.

Cette biographie est très importante pour comprendre l’oeuvre de Pelecanos. C’est un auteur qui raconte la vie à Washington, mais qui ne s’intéresse pas du tout à ce qui se passe dans les beaux quartiers. Les criminels qui l’intéressent ne sont pas les parrains de la mafia, mais plutôt tous ceux qui sont situés au bas de la chaîne alimentaire.

L’influence d’Elmore Leonard

Je vous parlais dans ma chronique précédente d’Elmore Leonard. C’est quelqu’un qui a eu une influence considérable sur Pelecanos. Pelecanos adorait l’oeuvre de Leonard. Pour la petite histoire, sachez qu’Elmore Leonard, qui a la fin de sa vie était un monument de la littérature policière aux USA, a également déclaré qu’il avait une profonde admiration pour l’oeuvre de Pelecanos. Ce qui a dû faire plaisir à ce dernier, parce que ce n’est pas tous les jours qu’on est admiré par son idole.

Pour ceux qui connaissent Elmore Leonard, dites-vous que, Pelecanos, c’est du même style, mais en beaucoup plus sombre. Oui, là où Leonard donnait une grande part à l’humour dans ses romans malgré tout violents et très réalistes, George Pelecanos a surtout développé le réalisme et la violence. Pour être un peu plus précis, les romans de Pelecanos ne sont pas des mystères. Il n’y a jamais de meurtre à résoudre, d’assassin dont l’identité est révélée à la fin de l’histoire. Dans ses romans, on passe d’un personnage à l’autre, on voit des individus qui marchent sur les plate-bandes les uns des autres, sans forcément le savoir, du moins au début, et, comme on suit tous les personnages indépendamment, on ne sait pas comment, mais on sait que, tôt ou tard, tout ça va mal finir.

Le réalisme poussé à son paroxysme

Chez Georges Pelecanos, l’accent est mis sur le réalisme, sur l’hyperréalisme même. Il donne une grande importance aux dialogues, et notamment aux dialogues en apparence anodins, ceux du quotidien, qui, sans en avoir l’air, donnent de l’épaisseur aux personnages. Il adore amener ses personnages à parler de musique, de ce qu’ils sont en train d’écouter, de ce qu’ils en pensent. À tel point que, souvent, à la fin de ses romans, l’auteur donne une discographie, avec la liste et les références de tous les morceaux que les personnages ont écouté. L’un de ses romans avait même été vendu avec un CD qui contenait les morceaux en question. L’expérience n’a pas été renouvelée, parce que ce genre de chose coûte extrêmement cher, mais les discographies sont restées, dans la plupart de ses romans.

Toujours pour rester sur cet aspect de réalisme par rapport à la culture populaire, donc la musique, mais aussi le cinéma, notamment. Pelecanos a écrit quelques romans historiques, qui se déroulent toujours à Washington, donc, mais à des époques différentes. Notamment les années 60-70, la période tumultueuse de l’enfance et de la jeunesse de Pelecanos, sur fond de revendications sociales. Eh bien, dans ces romans, l’auteur a particulièrement insisté sur le réalisme. Si des personnages parlent d’une chanson, ce doit être une chanson à la mode à cette époque-là. S’ils parlent d’un film, qu’ils sont allés voir dans tel cinéma, non seulement le film doit bien avoir existé à cette époque-là, bien entendu, mais en plus le cinéma où les personnages sont allé le voir devait bien exister, et doit avoir lui-même diffusé le film à ce moment-là. S’il est question d’un restaurant, il faut que le restaurant ait bien existé au moment du roman. Les romans de Pelecanos, bien qu’ils soient des fictions, ont donc un côté quasi-documentaire, proche du journalisme parfois.

La série The Wire

George Pelecanos est avant tout un romancier, mais on ne peut pas parler de lui sans évoquer ses contributions sur le petit écran. Il a été notamment l’un des scénaristes et producteurs de la série « The Wire », « Sur écoute » en Français, qui a été créée par David Simon et diffusée à partir de 2002, pendant 5 saisons. Dans cette série, Simon, qui a été journaliste auparavant, évoque sur un mode extrêmement réaliste la criminalité dans la ville de Baltimore, notamment le milieu de la drogue, et ses liens avec le milieu politique, ainsi qu’avec le système scolaire états-unien, et le difficile travail de la police pour résoudre les problèmes qui en découlent. Il s’agit d’une fiction, mais une bonne partie des événements et des personnages de la série sont tirés plus ou moins directement d’événements et de personnes réels. À tel point que certains criminels ont joué leur propre rôle dans la série. Si l’action se déroule, non pas à Washington mais à Baltimore (bon, les villes ne sont qu’à quelques kilomètres l’une de l’autre), on retrouve néanmoins dans cette série tout ce qui fait la spécificité de l’oeuvre de George Pelecanos. Tout ça pour dire que, si vous avez aimé la série, vous aimerez les romans de l’auteur, et inversement.

L’oeuvre de George Pelecanos

George Pelecanos a publié, à l’heure actuelle (au moment de l’enregistrement de la chronique, en 2016), une vingtaine de romans et un recueil de nouvelles. Contrairement à beaucoup d’auteur, il n’a pas de héros fétiche, qui le suit dans tous ses romans. Il a écrit plusieurs séries, avec des héros qui l’accompagnent pendant quelques romans : Nick Stefanos, Derek Strange, Spero Lucas, Peter Karras et quelques autres. Sa série la plus célèbre reste son DC quartet, une tétralogie se déroulant sur plusieurs décennies et évoquant l’évolution de sa ville fétiche. DC quartet par analogie au LA quartet de James Elroy.

Je ne saurais pas vous conseiller un roman plutôt qu’un autre, tous sont très bons, mais celui dont l’auteur est le plus fier est « Hard revolution », qui aborde notamment les émeutes ayant eu lieu à Washington lors de l’assassinat de Martin Luther King dans les années 60.

Vous trouverez également très facilement en libraire le recueil de nouvelles « La Dernière prise », édité par Calman-Levy en versions papier et numérique, ainsi que l’édition de poche de « Red Fury », qui raconte l’histoire d’un criminel, surnommé « Red Fury », qui est poursuivi à la fois par un détective privé, un policier et deux mafieux. L’histoire se déroule dans les années 70, période qui semble très chère à l’auteur. « Red Fury » est disponible chez Le Livre de poche pour la version papier, chez Calman Lévy pour la version électronique.

Hard revolution de George Pelecanos

« Hard revolution », le roman dont l'auteur George Pelecanos dit qu'il est le plus fier.

La Dernière prise de George Pelecanos

« La Dernière prise », un recueil de nouvelles.

Red Fury de George Pelecanos

« Red Fury », l'histoire d'un criminel poursuivi par un peu tout le monde.