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La Crème du crime # 1 - Dennis Lehane

Dans la Crème du crime, j’ai présenté chaque mois, pendant près de deux ans, un auteur emblématique de la littérature policière. Romans policiers classiques, polars à la française, thrillers venus des États-Unis, et autres, j’ai présenté 23 auteurs.

Le premier épisode de la Crème du crime, enregistré en février 2016, était consacré à Dennis Lehane.

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Dennis Lehane est un auteur contemporain, né en 1965. Il est États-unien, originaire de Boston, Massachusetts, côte Nord-Est, où il a passé l’essentiel de son existence. En France, il n’est pas forcément très célèbre, pourtant on connaît quand même, au moins de nom, une partie de son œuvre : les films « Mystic River », ou « Shutter Island », c’est de lui.

Il a écrit son premier roman, « un dernier verre avant la guerre », en 1994, avec ses héros récurrents Patrick Kenzie et Angela Gennaro. L’histoire d’un duo de détectives privés qui enquêtent pour le compte d’un politicien important. Une histoire assez classique au niveau de l’intrigue, mais pourtant un très bon roman, avec des personnages très riches et très fouillés, et une ambiance très réaliste et très prenante. Ensuite, il a écrit d’autres romans avec les mêmes protagonistes : « Ténèbres, prenez-moi la main », « Sacré », « Gone, baby, gone », puis « Prières pour la pluie ». En 2001, il a mis de côté sa série et, avec la sortie de « Mystic River », une histoire sur les thèmes de l’amitié, des séquelles de l’enfance, de la suspicion et de la vengeance, il rencontre un grand succès, commercial et critique : Bary award, Prix Anthony, prix mystère de la critique, etc. Le roman est porté au cinéma par Clint Eastwood et c’est un carton, un césar, deux oscars, nommé pour la palme d’or à Cannes, et on commence même à se demander si Lehane n’est pas un « auteur tout court », parce que, il ne faut pas croire, la littérature policière, ça n’a pas tellement changé depuis le XIXè siècle, c’est mauvais genre, et les critiques littéraires ont toujours du mal à admettre qu’on peut faire de la littérature de genre et être malgré tout un écrivain talentueux. Puis il a écrit « Shutter Island », lui aussi porté au cinéma, par Martin Scorsese cette fois, lui aussi un grand succès. Il a aussi écrit quelques romans historiques, « Un Pays à l’aube », « Ils Vivent la nuit », « Ce Monde disparu », qui parlent du Boston de l’après première guerre mondiale, de l’époque de la prohibition.

Il a sorti en tout, à la date où la chronique a été enregistrée, douze romans et un recueil de nouvelles. Son dernier roman en date, « World gone by », a été écrit en 2015 et publié en Français sous le titre « Ce monde disparu », la même année. Mais l’édition la plus récente d’un de ses ouvrages en Français, c’est la version poche de « the Drop », parue chez rivages/noir sous le titre « quand vient la nuit » il y a moins d’un mois. C’est surtout de ce livre que je vais vous parler, notamment parce que c’est celui que vous trouverez le plus facilement chez votre libraire préféré, ou chez votre marchand de livres électroniques préféré aussi, parce qu’il a aussi été publié en version numérique.

Quand vient la nuit

C’est un pur roman noir à l’américaine. Ici, comme toujours ou presque chez cet auteur, on est dans un récit très réaliste et très sombre, quoique pas dénué d’humour, et Lehane présente des tranches de vie, une facette de la vie criminelle à Boston.

Le roman repose sur une intrigue simple, portée par des personnages intéressants et complexes. L’histoire, c’est celle de Bob Saginowski, qui travaille dans le bar de son cousin Marv’, bar qui s’appelle justement « cousin Marv’s ». Sauf que le bar ne lui appartient plus vraiment, au cousin Marv’. Il a été réquisitionné il y a déjà plusieurs années par la mafia tchétchène, qui sévit à Boston, et ça, cousin Marv’, il ne l’a jamais encaissé, mais bon, il est bien obligé de faire avec. Et ce bar, comme tous les bars de la ville contrôlés par les Tchétchènes, il sert de dépôt pour le blanchiment d’argent. On appelle ça des « bars-dépôts », des « drop-bars », d’où le titre original, « the drop ». Toutes les nuits, un des bars sert à centraliser l’argent sale accumulé par tous les membres de la mafia pendant la journée, et quand vient la nuit, on vient chercher cet argent. Le bar-dépôt change tous les jours, et personne ne sait à l’avance lequel ce sera, justement pour éviter les tentations et pour brouiller les pistes vis-à-vis de la police.

Or, à un moment, le bar de cousin Marv’ va être braqué, et il va y avoir un blessé grave. La police va enquêter, ce qui évidemment ne plaît ni aux protagonistes, ni aux tchétchènes. Il y a aussi une histoire avec une fille, un bébé pitbull abandonné et un type un peu taré qui harcèle et la fille et le héros, et je ne vais pas vous en dire plus pour vous laisser le plaisir de lire le livre. En tout cas, on a une histoire avec une intrigue plutôt simple, et tout l’intérêt ou presque tient à la profondeur des personnages. C’est un livre assez court, 270 pages environ, donc pour ceux qui n’ont pas envie de se plonger dans un roman de 400 ou 500 pages comme on en voit trop souvent, c’est en plus un format idéal.

Le roman est tiré d’une nouvelle que Lehane avait écrit en 2009, intitulée « animal rescue ». Il en a ensuite tiré le scénario d’un film, « The Drop », sorti en 2014, que je vous recommande. Lehane a ensuite tiré du travail fait autour du film un roman. Donc, là, on a un travail en trois temps, le roman est tiré du film qui est lui-même tiré de la nouvelle. J’ai vu le film après avoir lu le roman, je n’ai pas du tout été déçu, ce qui est suffisamment rare pour être souligné. C’est vrai que ça marche mieux quand c’est dans ce sens, les adaptations de romans au cinéma sont toujours un peu décevantes.

Comme je le disais, Hollywood adore Lehane, quatre de ses romans ont été portés sur le grand écran, et un cinquième ne devrait pas tarder à sortir, mais il plait aussi beaucoup au petit écran. Il a participé en tant que scénariste, mais aussi en tant que comédien, à quelques épisodes de la série US « The wire » (« sur écoute » en Français), qui a été diffusée entre 2002 et 2008, série policière très réaliste sur la criminalité à Baltimore, qui a reçu des échos très positifs de la part des critiques, mais relativement peu de succès auprès du public. De manière plus anecdotique, il joue aussi occasionnellement son propre rôle dans la série « Castle », qu’on peut voir en France notamment sur France 2, où il joue au poker avec le héros et auteur fictif de thrillers Richard Castle, ainsi qu’avec d’autre « vrais » auteurs, comme Michael Connely ou James Patterson.

« Quand vient la nuit » est publié chez rivages/noir. Vous pouvez le trouver chez votre libraire préféré pour 7 €, ou pour ceux qui sont équipés d’une liseuse, pour le prix incroyable de 6,99 €. Oui, l’éditeur ne joue pas vraiment le jeu pour le coup, mais il faut savoir que la plupart des autres livres de Lehane sont disponibles aussi en version électronique, et cette fois à un prix un peu plus raisonnable.

Liens

Si l’oeuvre de Dennis Lehane vous intéresse, n’hésitez pas à jeter un oeil notamment aux romans suivants :

Quand vient la nuit

Quand vient la nuit, le roman dont j'ai parlé dans cette chronique.

Mystic River

Mystic River, le chef d'oeuvre de l'auteur (à mon avis), porté avec succès au cinéma.

Pour plus d’informations sur cet auteur, la listes de ses livres, des extraits, des critiques et tout un tas d’autres choses, n’hésitez pas à aller consulter la page Babelio consacrée à Dennis Lehane.