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La Crème du crime # 2 - Serge Brussolo

Le deuxième épisode de la Crème du crime, enregistré en mars 2016, était consacré à Serge Brussolo.

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Serge Brussolo est un auteur Français, né en 1951.

C’est un écrivain très prolifique. Il a écrit plus d’une centaine de romans, dans des genres très différents (de la jeunesse à la science-fiction, en passant par l’horreur et, ce qui nous intéresse, le roman policier).

Il a commencé sa carrière littéraire dans la science-fiction, à la fin des années 70. Au début, il a eu quelques difficultés à se faire publier, tant son style tranchait avec les tendances d’alors. Un style débordant d’imagination, très loin de la hard-SF ou des textes teintés d’idéologie politique qui avaient alors, et qui ont toujours, plus le vent en poupe. Ensuite, Brussolo s’est lancé dans l’horreur. Il a eu un très grand succès également dans ce genre, au point d’être harcelé par des satanistes, qui voyaient en lui une sorte de grand prêtre. D’après ses dires, c’en était parfois inquiétant, ce qui l’a amené, peu à peu, à laisser tomber ce genre pour se lancer dans la littérature policière.

Dans ce genre, il a exploré plusieurs veines, notamment le roman policier « historique » et le thriller mâtiné de technologie.

Romans « historiques » : je mets entre guillemets, car les vrais fans de romans historiques ne vont pas accrocher. Dans ses romans médiévaux, par exemple, Brussolo ne va pas vraiment se focaliser sur une période précise, clairement identifiée, et sur laquelle il s’est particulièrement documenté. Si vous êtes passionnés par la première décennie du XIIIème siècle Anglais, par la vie en Italie pendant la jeunesse de Galilée ou par la campagne berrichonne au cours des dernières années du règne de Charles VIII, vous pouvez passer votre tour. Ici, on est dans un Moyen-Âge complètement fantasmé, et d’ailleurs Brussolo ne s’en cache pas. Il dit même vouloir faire de la fantasy qui n’en porte pas le nom, de la fantasy pour gens qui disent ne pas lire de fantasy. C’est plus ou moins vrai, ici pas d’elfe, pas de magie ou autre, on est dans un univers médiéval réaliste, c’est-à-dire sans magie, un monde qui obéit aux mêmes lois naturelles que le nôtre, mais fantasmé. Brussolo use et abuse des clichés sur la période médiévale. C’est l’atmosphère qui prévaut, et tant pis pour la réalité historique.

Atmosphère. Quel que soit le roman, c’est vraiment le terme approprié au sujet de Brussolo. Quand on lit un livre de cet auteur, on est tout de suite plongé dans une atmosphère très particulière. On sent que Brussolo est un maître de l’horreur. Dans ses romans, l’ambiance est dès la première page angoissante et inquiétante. On est tout de suite plongé dans un monde au bord de la rupture, au bord du chaos. Les protagonistes eux-mêmes sont des personnages exclus, mis en marge de la société, au bord de l’abîme.

Ce qui est intéressant aussi chez Brussolo, et ce qui renforce cette atmosphère troublante, c’est qu’on ne sait jamais vraiment où l’on va. Dans la plupart des romans d’autres auteurs, policiers ou non, on sait rapidement où l’on est, quel est l’enjeu de l’histoire, on a une idée grosso modo de ce qui va se passer, de comment les choses vont se dérouler. Mais chez Brussolo, pas du tout. On suit le héros, il va lui arriver des choses, il va y avoir un crime ou un mystère à résoudre, on pense qu’il va lui falloir tout le roman pour y parvenir et en fait, au bout de quelques pages, le problème est résolu mais un nouvel élément survient et le personnage est contraint de partir vers une nouvelle quête. On ne peut jamais se dire, avant d’avoir atteint au moins la moitié du texte, « ça y est, je sais où je suis, je suis en terrain connu, je suis sur les rails, je vois où l’on me mène ». C’est d’autant plus vrai que l’auteur est doué d’une imagination débordante et qu’on ne sait jamais quelle idée va jaillir de son cerveau.

Tambours de guerre

Je vais aborder plus particulièrement un roman intitulé « Tambours de guerre », qui est paru récemment (à l’époque où la chronique a été enregistrée) aux Éditions du Masque. La quatrième de couverture dit que ce roman parle d’un tueur en série. Bon, j’ai un peu tiqué, je ne suis pas fan des romans policiers de ce genre. Souvent, c’est une facilité de la part de l’auteur : il y a un crime, mais attention car ce crime est commis, tremblez bonnes gens, par un tueur en série psychopathe ! Ce qui permet à l’auteur d’éviter de réfléchir à un mobile, d’approfondir la psychologie du meurtrier (il est fou, on vous dit, on peut se contenter d’un peu de psychologie de comptoir), et surtout, surtout, de se reposer sur la violence du personnage. Un cadavre d’enfant dépecé de ci de là, ça permet d’oublier le manque de profondeur et d’originalité d’une intrigue. J’étais donc un peu inquiet, mais, connaissant l’auteur, pas tant que ça. Et bien m’en a pris, parce que j’ai apprécié cette histoire.

Alors, accrochez-vous, je vais tenter de vous faire un résumé des premières pages du roman. Naomi Adder est la fille d’Elona Adder, qui tient une galerie d’art et ne s’est jamais vraiment occupée de sa fille. Au début de l’histoire, elle est sur le point d’exposer une série de tableaux, peints par Zac Blasko, collection qui est intégralement constituée de portraits de tueurs en série. Sauf qu’un incendie ravage la galerie ainsi que toute les tableaux. Et la mère, Elona, était présente sur les lieux de l’incendie et se retrouve prisonnière des flammes. Elle est sauvée in extremis, entre la vie et la mort, et plutôt du côté de la mort. On doute qu’elle puisse survivre. L’origine criminelle de l’incendie, elle, ne fait aucun doute. La police soupçonne Naomi, la fille d’avoir commis le meurtre : c’est elle qui avait le mobile le plus crédible : la mère et la fille se détestait, et un énorme héritage est en jeu. On trouve d’ores et déjà la signature de Brussolo : un personnage exclu, par sa mère et par la société, que tout accuse, ainsi qu’une intrigue apparente : qui a mis le feu à la galerie. Je dis intrigue apparente car c’est une fausse piste. Quelques pages plus loin, on apprend que la mère s’est réveillée à l’hôpital et qu’elle a avoué être elle-même l’auteur de l’incendie, pour une raison que je ne vais pas vous dévoiler ici. Comme elle est l’auteur de l’incendie, les assurances refusent de payer quoi que ce soit, et Zac Blasko, le peintre, furieux, va demander des dommages et intérêts tellement énormes qu’il va mettre la mère et la fille sur la paille.

La chose que je ne vous ai pas encore dite, c’est que, pendant l’incendie, la mère s’était cachée, par réflexe, sous un des portraits dont le contenu, sous la chaleur, s’est transféré sur le corps d’Elona. Elle a donc sur son corps, la peinture d’un des tueurs en série, Raven Connins, qui se trouvait être le clou de l’exposition de Blasko. Ce tueur en série, sa spécialité, c’était de faire cuire la chair de ses victimes en ragoût et de les mettre en bocaux, qu’il vendait ensuite sur internet en indiquant sur l’étiquette « porc aux haricots garanti bio ». Et il pensait que, de se faire tirer le portrait par un peintre talentueux, ça le laverait en quelque sorte de tous ses crimes, que le fluide criminel serait capté par la toile. Et de savoir que la toile a disparu, ça ne l’amuse pas du tout. Mais, l’autre chose, c’est que la collection de portraits avait été achetée au peintre par un japonais, un yakuza, vous savez, la mafia Japonaise. Si, si. Et de savoir que ses tableaux ont brûlé, ça ne lui plait pas du tout, à lui, non plus. Et comme ces gens-là ont un sens de l’honneur assez développé, ça ne va pas très bien se passer pour le peintre.

Arrivée à ce stade, l’histoire vous paraît très certainement grotesque, alors une petite mise au point s’impose. Oui, évidemment, tout cela est à prendre au second degré. Oui, chez Brussolo, on est dans le divertissement pur. Ici, pas de peinture sociale, pas non plus de prétention à faire de la littérature. Si vous cherchez un roman pour ranger dans la belle étagère, oui, vous savez, celle que vous montrez à vos invités, pleine de livres que vous n’avez jamais lus mais qu’il est de bon ton d’avoir, mais si, ceux qui ont fait s’émouvoir les chroniqueurs de télérama… oubliez Brussolo. Avec Brussolo, on est dans la tradition des romans populaires, des romans qu’on achetait à la gare pour faire le trajet entre Paris et Lyon quand le TGV n’existait pas. Et puis, autre chose, l’intérêt, chez Brussolo, ce n’est pas l’intrigue, ce ne sont pas les personnages, c’est l’atmosphère, c’est l’inattendu. Et là, comme d’habitude, on est servi.

« Tambours de guerre » est publié aux Éditions du Masque. Vous pouvez le trouver chez votre libraire préféré pour 7,50 €, ou pour ceux qui sont équipés d’une liseuse, pour le prix de 5,49 €. Alors, comme je l’ai dit, cet auteur a écrit énormément de romans. Certains de ces romans sont très difficiles à trouver aujourd’hui, notamment ceux qui ont été publiés avant les années 90, mais les ouvrages plus récents sont souvent encore édités, en version papier ou électronique donc, si vous appréciez cet auteur, vous avez largement de quoi vous faire plaisir.

Liens

Si l’oeuvre de Serge Brussolo vous intéresse, n’hésitez pas à jeter un oeil notamment aux romans suivants :

Tambours de guerre

Tambours de guerre, le roman dont j'ai parlé dans cette chronique.

Le Manoir des sortilèges

Le Manoir des sortilèges, un roman « historique », mais qui plaira plus aux fans de fantasy qu'aux adeptes de romans historiques.

Sécurité absolue

Sécurité absolue, un roman orienté thriller paranoïaque, avec un soupçon de science fiction, assez typique du style de l'auteur.

Pour plus d’informations sur cet auteur, la listes de ses livres, des extraits, des critiques et tout un tas d’autres choses, n’hésitez pas à aller consulter la page Babelio consacrée à Serge Brussolo.